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Bonus surprise - Scène coupée 2 HOT


Pancakes et milkshakes


LEXI

10 ans plus tôt


– Je t’ai manqué ? me demande Frank alors que je monte dans sa voiture à la sortie de mon cours de dessin.

Il n’y participe plus, il m’a expliqué que mademoiselle Burton n’avait plus besoin de modèle masculin. J’avoue que reproduire une corbeille de fruits ou un bouquet de fleurs a beaucoup moins d’attrait, mais je ne lui ai pas dit. Toutefois, Frank est là à chaque fin de cours pour me ramener à la résidence, je ne lui ai rien demandé et il ne m’a rien expliqué. C’est juste comme ça. Et ça me plaît. J’ai fini par accepter de lui faire une place dans ma vie, en tout amitié.

Il n’a jamais rien tenté, il se montre toujours très respectueux, alors je suis en confiance. Je me sens bien auprès de lui pendant les moments passés ensemble.

– Tu aimerais bien, soufflé-je en bouclant ma ceinture.

– Je suis sûr que même si c’était le cas, tu ne me le dirais pas.

Je laisse le mystère planer et respire un grand coup alors qu’on prend la route.

– Qu’est-ce qu’il y a ? lui demandé-je alors qu’il me regarde par à-coups depuis deux minutes.

– Euh… est-ce que si je t’invite à aller boire un café là maintenant, tu vas m’envoyer bouler ?

J’espère qu’il ne remarque pas mes yeux ahuris parce que je ne voudrais pas le vexer, mais je ne m’attendais sûrement pas à ça.

– J’ai la dalle et j’aimerais bien aller manger des pancakes, tant qu’on est encore en ville. Je t’offre un café ou un chocolat ou un cappuccino, ce que tu veux, débite-t-il.

– Des pancakes ? À cette heure ?

– Pourquoi pas ? Il y a une loi qui régit l’heure à laquelle on doit manger des pancakes ? rebondit-il.

– Non, aucune.

– Est-ce que c’est un oui ?

Je hoche la tête, sans pouvoir le dire à haute voix. Il sourit et bifurque à l’angle de la rue pour rejoindre le diner un peu plus loin. Je fixe sa fossette qui ne quitte pas sa joue. Je ne sais pas si je me lasserai un jour de son profil. Je n’ai pour lui qu’un pur attrait artistique parce qu’il est photogénique, rien d’autre. Je secoue la tête alors qu’il coupe le moteur de la voiture. On passe trop de temps ensemble. Il ne tente jamais rien, il n’approche jamais de moi sans laisser une certaine distance, il ne me reluque jamais de manière indécente. Il est toujours gentil et de bonne humeur, il ne demande rien. J’en viens presque à me dire que c’est peut-être trop beau pour être vrai. Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Est-ce qu’un jour quelque chose va venir se mettre en travers de ce petit bonheur ?

– Tu veux quoi ?

– Un chocolat chaud s’il te plaît.

Il passe commande et vient s’asseoir face à moi. Il me lance un sourire éclatant et regarde rapidement son téléphone.

– Tu crois que ce serait trop ou déplacé si je te demande ton numéro ?

J’éclate de rire en mettant une main devant la bouche. Mais j’arrête aussi sec quand je vois la tête qu’il tire. Je me détaille et me retourne pour voir ce qu’il fixe bizarrement comme ça, puis je fronce les sourcils avant de me pencher vers lui, sérieuse.

– Qu’est-ce qui se passe ?

– Je crois bien que c’est la première fois que je t’entends rire. Tu ne te laisses pas souvent aller hein ?

Mon visage se ferme et je m’enfonce sur la banquette, bras croisés sur la poitrine. Il tend une main vers moi au-dessus de la table.

– Hey, Lexi. Hey, dit-il en tapotant le bout des doigts sur la table, ma main étant hors de portée, c’est juste que j’ai été surpris ok ? Mais c’est bien, c’est une bonne chose, ça me plaît. Je vais essayer de te faire rire plus souvent dorénavant.

Je grimace et reste silencieuse jusqu’à ce que la serveuse arrive avec notre commande. J’écarquille les yeux en découvrant la montagne de pancakes et le milkshake choisi par Frank.

– Tu vas vraiment manger tout ça ?

– Bien sûr, m’assure-t-il en s’attaquant au premier de la pile.

Je secoue la tête en me demandant où est-ce qu’il met tout ça et prends la première gorgée de mon chocolat.

– Hum… gémis-je. Qu’est-ce que…

– J’ai demandé parfum vanille, je me suis dit que tu aimerais ça. Tu en veux un ? propose-t-il.

Je lorgne sur les petites crêpes et hoche la tête. Il me passe sa fourchette et pousse l’assiette vers moi. Il patiente sagement que j’en mange une avant de récupérer son bien. C’est vrai qu’elles sont bonnes. Il alterne entre pancake et milkshake.

– Alors ? fait-il.

– Alors quoi ?

– Ton numéro ?

– Oui tu peux l’avoir. Passe-moi ton téléphone.

Il me le tend sans une seconde d’hésitation. Je déverrouille l’écran de veille et tombe sur une photo de Frank avec deux autres mecs, tout aussi beaux que lui mais d’une manière différente. Je sélectionne le répertoire et m’enregistre. Je lui rends son appareil et replonge dans mon chocolat.

– Qui sont les deux gars avec toi sur la photo ?

– Mes deux meilleurs amis de Chicago, répond-il sans prendre la mouche face à ma curiosité.

– Comment ils s’appellent ?

– Graham et Jordan. On est meilleurs amis depuis l’enfance. On s’est connus à l’école primaire. Graham et Jordan ont grandi dans un des quartiers les plus difficiles de Chicago, Englewood. Moi j’ai de la chance, ma famille est plutôt aisée. Mes parents vivent dans un quartier huppé, mais maman était institutrice dans une école primaire d’Englewood alors c’était plus facile pour elle de nous y mettre.

– Nous ?

– Ouais ma sœur et moi. Parfois mon petit frère aussi, pas tout le temps. Jordan est celui qui a formé la bande, explique-t-il nostalgique. Quand j’étais petit, j’étais très grand pour mon âge, mais maigre comme un clou, on s’en prenait souvent à moi, la grande perche riche qui vient dans les quartiers pauvres, ce genre de conneries. Jordan ne supportait pas et il est intervenu. C’était le bagarreur, toujours prêt. Il a fait la même chose pour Graham, qui subissait les mêmes moqueries que moi à cause de ses rondeurs, qui ont maintenant disparues, et de sa couleur de peau et on est devenus inséparables. Chacun prêt à défendre les autres bec et ongles. Aujourd’hui encore, même je suis ici et eux là-bas.

– C’est formidable, une amitié pareille.

– Un peu comme Selma et toi, compare-t-il.

– Oui. Nous aussi on se connaît depuis toutes petites. Nos parents sont voisins, alors on ne se quitte plus depuis… toujours, dis-je après un moment de réflexion dans un petit rire.

– Tu as des frères et sœurs ?

– Je suis l’aînée, j’ai deux frères. Shane a un an de moins que moi et avec Eric, on a trois ans d’écart. On s’entend très bien aussi tous les trois, mais ils sont un peu plus proches, forcément, deux mecs. Eric est celui sur lequel Shane s’appuie pour ne pas sombrer. C’est un peu compliqué, déploré-je en secouant la tête.

– Tu es triste de ne pas être là pour eux, décrypte-t-il.

– Oui. J’essaie de ne pas m’en faire, mais c’est dur. Shane a toujours été difficile, quand j’étais là je pouvais lui venir en aide, même s’il n’était pas toujours d’accord, tu penses bien que ça craint de demander quoi que ce soit à sa grande sœur.

– Oui j’imagine. Je n’ai pas ce problème-là.

– Ouais, enfin, mes parents sont là pour ça donc… Tu n’aurais pas préféré aller à la fac à Chicago ? lui demandé-je après un petit moment.

Il me fixe un instant sans rien dire, jaugeant peut-être le pourquoi de cette question.

– J’aurais pu, répond-il enfin en repoussant son verre, mais il n’y a pas d’équipe de hockey dans l’Illinois qui participe aux compétitions organisées par la NCAA et qui fait partie de la Big Ten Conference. J’aurais pu aller à l’Université du Michigan, j’y avais postulé, mais c’est MSU qui m’a fait l’offre de bourse la plus intéressante et je ne regrette rien.

– Pourquoi ça ?

– Je ne t’aurais pas rencontrée sans ça.

Il sourit fier de sa petite phrase. Je pouffe, absolument pas impressionnée par sa répartie séductrice. Je secoue la tête doucement et le laisse finir ses pancakes tranquillement.

– Pourquoi avoir choisi psycho ?

– Oh… Et bien, c’est idiot mais… à la maison, avec Shane, voir les difficultés de mes parents à gérer ses impulsions, son caractère un peu perturbé et violent, j’aurais aimé qu’ils trouvent quelqu’un capable de les aider véritablement. Au lieu de ça, ils ont enchaîné les rencontres avec des spécialistes sans vraiment trouver la bonne personne. Chacun a juste décrété que Shane avait un problème et qu’il était caractériel, mais il y a forcément un lien de cause à effet, un mal-être, un sentiment d’infériorité qui le pousse à agir comme il le fait. Le voir s’enfoncer comme ça et ne pas être en mesure de lui venir en aide, ça me pèse. Alors je suis cette voie parce que j’ai une motivation et que je pourrai faire la différence pour aider.

Frank m’observe intensément, j’ai envie de dire qu’il est impressionné. Je me sens rougir et détourne rapidement le regard vers la rue. Il lève le doigt pour réclamer l’addition et je fixe longuement ses mains. Il en agite une devant mes yeux pour me sortir de la lune.

– Est-ce qu’on t’a déjà dit que tu avais de belles mains ? lui dis-je sans vraiment y réfléchir.

C’est à son tour de rire franchement.

– Non. Que j’avais une belle gueule oui, mais mes mains non. Elles sont agiles pour tenir fermement la crosse sur la glace, ça me suffit, dit-il en les observant attentivement.

Je me demande s’il me dit tout ça en réfléchissant aux sous-entendus qu’on peut y voir. Je remue sur ma banquette quand la serveuse arrive, mal à l’aise d’avoir été l’initiatrice de cet échange.

– Ils ont tort, tu es vraiment moche, dis-je en tentant de faire de l’humour.

– Toi tu es vraiment belle, me contredit-il en me stupéfiant.

Mes joues se colorent de rouge et je baisse les yeux sur la table. Je ne suis pas vraiment habituée aux compliments et j’ai du mal à croire qu’un mec comme lui ait pu me dire ça.

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