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Bonus surprise - Scène coupée 4 HOT


Présentations à la famille de Frank


FRANCK

10 ans plus tôt


Les vacances de fin d’année sont bien entamées. Chacun est rentré chez soi pour y passer les fêtes et je ne sais par quel miracle j’ai convaincu Lexi de venir me rejoindre à Chicago pour célébrer le réveillon chez moi en petit comité.

Je suis un paquet de nerfs. J’ai été faire mon jogging dans la neige ce matin, double distance, histoire de calmer mon anxiété. Jordan et Graham m’ont rejoint à mi-parcours et se sont bien foutus de ma gueule ces connards. Qu’est-ce que j’étais content de les retrouver putain ! Et bien entendu ils étaient partants à cent pour cent pour le réveillon. Graham a tenté d’apporter quelques idées et a voulu rajouter du monde en commun, mais je leur ai parlé de Lexi et leur ai rappelé qu’elle était un peu stressée, alors il a vite laissé tomber.

C’est clair que ça fait un peu relation officielle tout ça, mais je m’en balance. J’aime passer du temps avec elle, je veux qu’elle fasse partie de ma vie, alors on prend notre temps c’est tout. J’ai prévenu mes parents bien sûr, ils n’en ont pas fait outre mesure. C’est ce que j’aime chez eux, ils sont compréhensifs, absolument pas invasifs.

Le vol depuis Muskegon ne dure qu’une petite heure. Je me pointe un peu en avance à l’aéroport, bon ok, très en avance, elle n’est sûrement même pas encore partie, mais je ne voulais pas prendre le risque de tomber sur une merde sur la route et arriver en retard. Je pose mon cul dans un des cafés de l’aéroport et attends. Dès qu’une voix au-dessus de moi annonce la descente de l’avion, je me précipite vers la porte d’arrivée. Je suis dingue, complètement dingue de cette fille.

Je camoufle mon stress en glissant les mains dans les poches arrière de mon jean et scrute les portes plus loin. Ma respiration se bloque quand je la vois enfin s’avancer vers moi. Sa queue de cheval se balance derrière elle. Elle porte un manteau d’hiver bleu nuit, un jean large et des chaussures classiques. Aucune trace de maquillage comme d’habitude, pourtant elle me paraît être la plus belle. Elle l’est pour moi, je ne me l’explique pas.

Un vrai sourire fend son visage et mon cœur accélère la cadence. Je reste figé alors qu’elle progresse jusqu’à moi, slalomant entre les voyageurs. Elle n’a qu’un petit sac, visiblement elle ne s’est pas encombrée pour une seule semaine de vacances. Je lui souris en retour et après un court instant d’hésitation, je la prends dans mes bras. Elle laisse tomber le sac au sol qui s’écrase dans un pouf étouffé et me rend mon étreinte. Je prends le temps de savourer ce moment, je respire son parfum. Je la relâche doucement et dépose un chaste baiser sur la joue, mais putain ! J’ai envie de tellement plus. Ses joues se colorent de rouge et elle baisse la tête, peut-être gênée par mon élan d’affection. Alors je recule et me baisse pour récupérer son sac.

– Tu me suis ?

– Oui.

On fait demi-tour et on rejoint l’entrée principale de l’aéroport. Dehors, la neige est toujours présente, mais il a cessé de neiger peu après Noël. Les températures oscillent entre le négatif et le zéro, le tapis blanc est donc bien installé. Je lui prends la main pour lui éviter de glisser et on arrive à ma voiture, stationnée au parking visiteur. Je balance son sac à l’arrière et elle grimpe à mes côtés.

– Jolie voiture, commente-t-elle en observant l’habitacle.

– Ouais. Je ne m’y attendais pas.

Mes parents m’ont vraiment gâté pour Noël, je n’en demandais pas autant.

– C’est cool, c’est bien des surprises pareilles.

– Oui, j’aime les surprises. C’en est une de t’avoir ici.

– Tu pensais que j’allais refuser hein ?

– J’avais des doutes oui. Mais je sais me montrer persuasif n’est-ce-pas ?

– Oui, tu n’as pas idée.

Je mets le moteur en route et on s’engouffre dans la circulation assez fluide à cause de la neige, mais aussi parce que ce sont les vacances. Je laisse Lexi admirer le paysage urbain. Elle n’est jamais venue à Chicago et ma ville est vraiment magnifique, d’autant plus sous son manteau d’hiver. Je sais que les gens préfèrent y venir en été ou pendant l’automne, moins étouffant, mais l’hiver, la ville a quand même un charme fou. À mesure qu’on approche de chez moi, son pied se met à battre la cadence.

– Tu vas bien ? lui demandé-je en tournant dans ma rue.

– Oui, affirme-t-elle sans me regarder.

Je n’insiste pas et ralentis devant notre maison. Je me gare le long du trottoir puis coupe le moteur.

– Lexi ? Hey oh ? essayé-je d’attirer son attention.

– Hein ? fait-elle distraitement alors qu’elle fixe la demeure familiale.

– Lexi ? répété-je et elle tourne enfin son visage vers moi. Qu’est-ce qui se passe ?

– Je suis stressée, avoue-t-elle tout bas.

– Il n’y a pas de raison, tout va bien se passer.

– Oui, mais je…

– Quoi ?

– Et bien, je… Qu’est-ce qu’ils vont se dire ? Enfin… Tu vois. On n’est pas… C’est juste que c’est… bafouille-t-elle en regardant partout sauf dans mes yeux.

– Et bien, je leur ai dit que tu étais une amie qui venait pour le réveillon, que tu arrivais un peu en avance par rapport aux autres, c’est tout. Mes parents ne m’ont pas harcelé de questions et ils ne le feront pas non plus avec toi. C’est comme si je recevais un pote à la maison.

J’ai dit ça sans vraiment réfléchir et je regrette quasiment aussitôt mes paroles, parce que je n’aime pas du tout ce que je vois dans ses yeux écarquillés.

– Lexi… tenté-je de me reprendre.

– Non, c’est bon, tu as raison, souffle-t-elle en sortant de la voiture. On est potes c’est tout.

Qu’est-ce que je peux dire pour me rattraper ? Après tout, on est seulement amis. Putain ! Ça commence bien. Elle ouvre la porte arrière et récupère son sac. Je la rejoins rapidement et la conduis à l’intérieur. Il y règne une douce chaleur et une bonne odeur de nourriture. Maman doit avoir commencé de préparer le repas du midi.

– Tu me donnes ton manteau ?

Elle hoche la tête et s’exécute tout en admirant l’intérieur cosy. Je ne veux pas me vanter, mais c’est vrai que maman est plutôt douée pour ça et notre maison est vraiment belle. Mon père est directeur de la fac de Chicago et est issu d’une famille aisée, alors je n’ai jamais manqué de rien. Mais mes parents sont des gens simples qui n’étalent pas leur fortune aux yeux de tous. On a aussi notre lot de problèmes et de difficultés, ils ne se croient pas au-dessus des autres parce que leur compte en banque est mieux fourni. J’accroche le manteau de Lexi sur les patères derrière la porte et retire le mien.

– Je te présente à maman et ensuite je te fais faire le tour ?

– Oui ça marche. Oh attends ! s’exclame-t-elle alors qu’on s’avance dans le vestibule. J’ai emmené quelque chose.

– Oh mais ce n’était pas la peine.

– Si, me contredit-elle en s’accroupissant pour s’affairer dans son sac.

J’essaie de ne pas m’attarder sur la bande de peau découverte dans le creux de ses reins et patiente. Elle se redresse et tient dans sa main un sac en plastique.

– Qu’est-ce que c’est ?

– Ce n’est pas pour toi, réplique-t-elle avant de sourire.

– Ok, ok ! Viens.

On va tout droit en passant sous les escaliers pour rejoindre la cuisine. Ma mère est derrière les fourneaux et s’affaire à tourner quelque chose sur le feu.

– Maman, l’interpelé-je. On est arrivé.

– Oh mon chéri ! Tu m’as fait peur, sursaute-t-elle en se retournant. Je ne vous ai pas entendus.

– Désolé. Maman je te présente Lexi. Lexi voici ma mère Eleanor.

– Ravie de faire ta connaissance Lexi, sourit ma mère en faisant le tour de l’îlot central. Appelle-moi Ellie s’il te plait.

– D’accord, sourit Lexi en se laissant prendre dans les bras de maman. Je suis ravie d’être ici. Tenez c’est pour vous et votre mari.

Elle lui tend le sac plastique qui attise ma curiosité. Je me penche en avant pour découvrir en même temps que ma mère ce que Lexi a apporté. Il s’agit de différents sachets de friandises provenant de chez Mackinac.

– Oh mon dieu ! s’exclame ma mère. Merci beaucoup. Comment as-tu su ?

– Su quoi ? fait Lexi en secouant la tête.

– Tu viens de toucher une corde sensible. Maman adore le chocolat et toutes les friandises, encore plus de chez Mackinac. Je ne suis pas sûr que mon père réussisse à y goûter.

– Frank !

– Quoi ? C’est vrai. Il n’y a déjà presque plus de chocolats de Noël.

Lexi sourit face à notre échange et accueille un nouveau câlin de ma mère. Puis cette dernière part en exploration des différentes sucreries. Beaucoup de chocolats aux saveurs variées : menthe, érable, noisettes, fruits probablement de la cerise, mais aussi de la nougatine.

– Merci c’était très gentil de ta part, dis-je à Lexi en l’entraînant pour la visite de routine.

– C’est normal, ça me fait plaisir.

Je hoche la tête et on part sur la gauche, vers la salle à manger, on a aussi un accès à un grand cellier et une buanderie. De l’autre côté, on rejoint le salon avec canapé, télé, piano, cheminée. On retombe dans le vestibule et on grimpe à l’étage après que j’aie récupéré son sac.

En haut, cinq chambres. La mienne, celle de mes parents, celle de ma sœur et de mon frère et une inoccupée. On fait rapidement le tour de toutes, je ne peux pas ouvrir celle de ma sœur parce qu’elle l’a fermée à double tour. Je secoue la tête et conduis Lexi à celle qu’elle va occuper, juste à côté de la mienne. Je lui indique la salle de bains et les toilettes et pose son sac sur le lit.

– J’espère que tu seras bien installée. Si tu as besoin de quoi que ce soit tu n’hésites pas. Je te laisse prendre tes marques. Tu me rejoins en bas ? Je serai dans la cuisine.

– D’accord.

Je referme la porte derrière moi et rejoins ma mère. Je lui propose un coup de main qu’elle décline, me disant que j’ai mieux à faire avec mon invitée. Finalement je n’attends pas très longtemps et rapidement Lexi me rejoint. Je lui propose quelque chose à boire et on va s’installer au salon. Elle semble toujours un peu tendue mais moins que dans la voiture. J’espère que ce ne sont pas mes paroles sur le fait qu’on soit juste potes qui l’ont détendue quand même, je n’ai pas envie qu’on soit que potes merde !

– Euh… On va déjeuner ici et puis je pensais te faire découvrir la ville.

– Oui ça me tente bien.

– Tu as envie de faire quelque chose en particulier ?

– Non, je te fais confiance.

Si elle savait combien ses paroles me touchent. Bon c’est clair que vu comme ça, elle parle juste de me faire confiance pour lui faire visiter la ville, mais j’ai envie d’y voir plus, et je ne suis pas sûr de me tromper. Ouais c’est un peu arrogant mais bon…

On reste tranquillement assis là dans le salon en attendant le déjeuner. Elle me pose des questions sur ma famille, ma sœur, mon frère. Je lui raconte comment s’est passé mon enfance ici, je lui parle de mes deux meilleurs amis. Peu avant midi, un grand fracas se fait entendre dans le vestibule. Je me redresse prêt à intervenir, visiblement la séance de ce matin avec Anthony ne s’est pas très bien déroulée. Je n’en ai pas encore parlé à Lexi, elle se rendra bien compte en le voyant de toute façon. Je me matérialise sur le pas de la porte, attirant l’attention de mon frère quelques instants avant qu’il ne se remette à se débattre contre mon père parce qu’il veut lui retirer son manteau. Il geint et gesticule dans tous les sens.

– Non, non, non, non, non ! répète-t-il en hurlant. Je veux pas, je veux pas !

– Anthony, explique mon père en s’agenouillant devant lui. Dans la maison, on retire son manteau, c’est comme ça. Papa enlève le sien, Frank n’a pas le sien, Maman non plus.

Il pointe ma mère du doigt qui se tient près de la porte de la cuisine sous les escaliers.

– Moi je veux pas ! Je veux pas ! persiste Anthony.

Cela pourrait prêter à sourire, c’est sûr, s’il s’agissait d’un enfant de quatre ans qui fait un caprice, mais Anthony n’a pas quatre ans, il en a quatorze. Lexi se colle à moi en soutien, je sais qu’elle a compris tout de suite ce qu’il se passait. Elle me prend la main en réconfort et fait un pas en avant pour se placer tout près de mon père et d’Anthony qui tire pour garder son manteau.

– Hey Anthony. Comment vas-tu ? Moi c’est Lexi, je suis une amie de Frank, se présente-t-elle doucement en se mettant à sa hauteur.

Il la regarde comme l’étrangère qu’elle est. J’appréhende un peu sa réaction. Il peut parfois se montrer très violent, surtout envers des personnes qu’il ne connaît pas et qui pénètrent dans sa maison. Mais là, rien, il semble captivé par son regard, il détaille le moindre centimètre carré de son visage. Il tend une main vers sa joue et je crains un instant qu’il n’ait un geste déplacé, mais pas du tout. Une boule se forme au creux de ma gorge et j’observe cette jeune femme, qui fait palpiter mon cœur un peu plus chaque jour, interagir avec mon petit frère autiste. Elle lui prend la main pour la serrer doucement et se penche pour lui faire un bisou sur la joue. C’est la première fois que j’assiste à ça. Anthony se laisse faire, il est fasciné par elle, je le vois.

– Je t’aide à enlever ton manteau ? propose-t-elle.

– Je peux le faire tout seul ! réplique-t-il piqué dans sa fierté. Pas besoin d’une fille !

– Très bien, montre-moi alors.

Elle regarde Anthony retirer son vêtement et le tendre à mon père. Celui-ci est stupéfait. Il le récupère et le pend au porte-manteau. Puis il se tourne vers Lexi et son regard alterne entre elle et moi.

– Papa, je te présente Lexi. Lexi, voici mon père Daniel.

– Enchanté mademoiselle. Je suis absolument stupéfait, très impressionné par ce que je viens de voir, dit-il en lui serrant la main.

– Ce n’est rien.

– Oh non, ce n’est pas rien, insiste-t-il en nous regardant à nouveau tour à tour. Je comprends mieux mon fils maintenant.

Il dit ça comme ça, l’air de rien avant d’emmener Anthony vers la cuisine où ils rejoignent ma mère. Lexi me lance un regard qui me demande plein de choses en même temps.

– Pourquoi tu ne m’as pas dit que ton frère est autiste ?

– Ce n’est pas que j’en ai honte. C’est juste que parfois, ça peut faire fuir, me défends-je en me frottant le crâne. J’aime mon petit frère, mais ça ne se passe pas forcément aussi bien qu’avec toi et ce n’est pas évident pour créer des relations. Enfin tu vois ce que je veux dire. Certains sont effrayés et ne veulent pas mettre un pied chez moi. Alors j’ai pris le parti de ne pas en parler.

– Je peux le comprendre, mais je ne suis pas comme ça.

– Oui je sais, c’est juste une habitude. Mais je le sais Lexi et je l’ai vu tout à l’heure. Tu es… Tu es vraiment extraordinaire. Tu es vraiment douée, je crois que tu ne t’es pas trompée de voie.

– Tu penses ce que tu dis ?

– Absolument. Je n’en avais aucun doute, mais là c’est plus que sûr.

– Merci beaucoup Frank.

– Écoute Lexi, continué-je en l’entraînant un peu à l’écart dans le salon. Je veux revenir sur ce que j’ai dit dans la voiture.

– Non, non pas la peine.

– Si, écoute-moi. On n’est pas que des potes. Je ne veux pas te mentir ou faire semblant. Je me suis attaché à toi au fil des mois et je n’invite pas n’importe qui à venir chez moi, à rencontrer ma famille, notamment Anthony. Tu es importante pour moi, mon père a raison. Je ne sais pas encore ce qu’il y a exactement entre nous et ce n’est pas grave. On n’est pas obligé. On continue comme on est et on verra. Ne dis rien, la coupé-je alors qu’elle ouvre la bouche, j’ai envie de passer ces quelques jours avec toi sans penser à rien d’autre. Ne brise pas mon cœur maintenant ok ?

– Frank, soupire-t-elle avant de poser son front sur mon torse.

Je pose une main dans son dos et caresse sa queue de cheval. Je me demande un court instant de quoi elle aurait l’air les cheveux détachés.

– On est plus que des amis, mais ça me fait peur, murmure-t-elle contre moi.

– Je ne te demande rien Lexi. Laisse juste le temps faire son travail ok ? Ne me condamne pas maintenant.

– Impossible, sourit-elle en me regardant droit dans les yeux. Je suis d’accord.

Je me penche et dépose un bisou sur son front. Je la prends encore un peu dans mes bras et la respire, puis on rejoint mes parents dans la cuisine.

On déjeune tranquillement. Anthony ne fait pas de nouvelles crises, la présence de Lexi suffit à l’occuper. Elle cherche à savoir où est ma sœur, seule personne manquante.

– Leah passait la nuit chez une amie. Elle sera là ce soir avec nous, explique ma mère en débarrassant la table pour le dessert.

– Oh d’accord. C’était délicieux, remercie Lexi en aidant maman.

Elle avait préparé un gratin de légumes et un rôti de bœuf, moelleux et juteux. Lexi récupère les assiettes à dessert que ma mère lui tend et cette dernière récupère une Cherry Pie. Lexi écarquille les yeux en découvrant la tourte, spécialité du Michigan.

– Je n’ai pas la prétention de les faire aussi bien que chez toi, mais je voulais te faire un petit clin d’œil et on adore ça.

– Merci beaucoup c’est très gentil.

֍

Je joue le parfait guide touristique. J’ai sélectionné les endroits que je voulais à tout prix lui montrer, le lac Michigan mais côté rive Chicago, parce que c’est forcément plus beau qu’à Muskegon. On se promène sur la Navy Pier, au Lincoln Park. Sur le chemin du retour, on passe par le centre-ville et je lui montre les buildings et quartiers connus de l’hyper centre dans le Loop. Lexi semble apprécier cette sortie. Après juste une heure de balade, je me suis lancé et je n’ai plus relâché sa main. Elle ne m’a rien dit et s’est laissée faire, alors je prends cela pour un bon signe.

Demain j’ai l’intention de l’emmener à Grant Park, de visiter un des nombreux musées de la ville, elle choisira celui qui lui dira le plus. Ensuite je prévois de l’emmener manger la meilleure pizza de Chicago, la meilleure du pays, chez Uno. Samedi on ira se balader en centre-ville, je lui offrirai un fameux hot dog ou un Al’s bef si elle préfère. Je lui ferai découvrir Michigan Avenue. Je pense couvrir l’essentiel de ma ville, même si trois jours ne sont pas suffisants pour tout découvrir. Je descendrai peut-être jusqu’à Englewood pour lui montrer où je suis allée à l’école, je n’ai pas décidé encore.

Quand on rentre à la maison, peu avant l’heure du dîner, Leah est de retour et se jette sur moi pour découvrir la mystérieuse amie qui m’a rejoint. Elles font connaissance et je m’absente un instant pour prendre une douche. En redescendant, je remarque que Lexi n’est plus avec Leah.

– Où est Lexi ? demandé-je en récupérant un coca au frigo.

– Elle est montée prendre une douche aussi. Je lui ai dit d’utiliser ma salle de bains.

Je suis le plus vieux, mais c’est madame qui a une salle de bains privée et un dressing.

– C’est gentil, la remercié-je en décapsulant ma bouteille.

– Elle est gentille. Maman m’a raconté ce qu’il s’est passé avec Anthony.

– Oui.

– Elle a l’air bien, dit-elle doucement en s’approchant de moi pour murmurer à ma seule attention. Elle est différente. Mais dans le bon sens.

– Oui.

– Elle te plaît hein ?

– Pourquoi tu dis ça ?

– Je ne sais pas, tes réponses monosyllabes sans doute, se moque-t-elle.

– Hein, hein.

– Sérieusement. Elle est bien Frank.

– Pourquoi est-ce que tu me dis ça ? Ce n’est pas comme si j’avais besoin de l’avis de ma petite sœur de seize ans.

– Peut-être mais je te le donne quand même et les parents sont du même avis que moi.

– Parce que vous avez parlé de nous ? m’exclamé-je en avalant de travers.

– Bien sûr, pourquoi ça t’étonne ?

Elle m’abandonne en riant et je fixe bêtement ma bouteille de soda. Non, cela ne m’étonne pas.

– Frank ? appelle Lexi alors qu’elle descend les escaliers.

– Je suis dans la cuisine.

– Tout va bien ? demande-t-elle alors que je la fixe.

– Oui, oui, tout va bien. Tu veux quelque chose ?

– Comme toi, merci.

La tête dans le frigo, je respire un bon coup, j’ai un coup de chaud soudainement.

Putain merde, elle est pieds nus, elle a certes un jogging sans forme, mais son tee-shirt dévoile sa poitrine généreuse et putain de bordel de merde, ses cheveux sont détachés, encore mouillés après sa douche.

J’attrape une bouteille, l’ouvre et la lui tends vite fait avant de retirer ma main comme si cela me brûlait. Lexi s’installe près de l’îlot central et reste sans rien dire, sans doute mal à l’aise face à mon attitude. Putain, je suis con, con et mal barré. Très con et très mal barré. J’ai envie de sortir prendre l’air, me jeter dans la neige fera sûrement descendre l’érection qui grimpe. Oh putain ! Je prends appui sur l’évier en lui tournant le dos et fixe le paysage blanc juste éclairé par la lune à l’extérieur. Je prends une grande inspiration essayant de me calmer, mais je n’y arrive pas. Je sursaute quand sa main chaude s’enroule autour de mon bras.

– Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle doucement en me fixant de ses yeux verts.

– Rien, mens-je en secouant la tête.

– Je suis en psycho tu te rappelles ? Je ne te crois pas.

– Ça n’a rien à voir avec toi.

– Je ne te crois pas non plus. Tu regrettes de m’avoir invitée chez toi ? hasarde-t-elle.

– Non, non absolument pas. J’aime t’avoir chez moi. C’est juste que…

– Juste que quoi ?

– Et bien je…

Je suis interrompu par Maman qui entre dans la cuisine avec Anthony.

– Lexi ! Viens voir ! exige-t-il plus qu’il ne demande en la tirant par la main.

Lexi me sourit tendrement et obéit docilement à Anthony. Je les suis à distance raisonnable pour ne pas l’énerver. Il est en train de l’emmener dans sa chambre pour lui montrer son train électrique. Papa est avec lui alors je les laisse un moment pour aller téléphoner aux copains.

Quand je redescends, je donne un coup de main pour mettre la table et on s’installe pour dîner. Maman a fait des pizzas, mon père me laisse prendre une bière même si je n’ai pas encore l’âge légal pour boire. On est à la maison et je suis quelqu’un de raisonnable. Même à Lansing, on arrive toujours à boire sans qu’on nous demande notre pièce d’identité, tant qu’on ne fait pas de scandales, certains barmans sont cool et sur le campus on se débrouille toujours. Après tant qu’on ne se fait pas prendre et qu’on reste correct…

Lexi passe la quasi-totalité du repas à discuter avec ma mère et Leah. Alors je fais la conversation avec mon père, on parle sport bien entendu.

– Ça te dit de regarder un film ? demandé-je à Lexi alors qu’on finit de débarrasser la table.

– Oui bien sûr.

– Je peux me joindre à vous ? se mêle Leah.

– Ouais, fais-je sans plus d’entrain que ça. Pas par-là.

Je retiens Lexi alors qu’elle se dirige vers le salon.

– Où alors ?

– Suis-moi. Leah tu t’occupes du popcorn.

Je ne laisse pas de place à la discussion, elle s’incruste, autant qu’elle paie le prix.

Lexi me suit alors que j’ouvre une porte sous les escaliers. On descend les marches et elle découvre stupéfaite la pièce aménagée sur toute la surface de la maison en sous-sol. Il y a une salle avec trois immenses canapés et un écran télé XXL, une salle attenante avec un bar, une table de billard et un coin console de jeux avec des poufs. Il y a une petite cuisine juste à côté du bar et un WC aussi.

– Pourquoi tu n’as pas commencé la visite par-là ?!

– C’était la surprise pour ce soir. C’est là qu’on passera la soirée avec les copains dimanche. Ça te va ?

– Bien sûr que ça me va. Il faudrait être bien difficile.

– Super. Je te laisse choisir le film, lui dis-je en m’affalant sur le sofa. Les DVD sont là-bas.

Je tends le doigt vers le meuble à côté de la télé. Elle ouvre les portes et passe en revue les titres. Je fais mon possible pour ne pas mater son cul qui finalement n’est pas noyé tant que ça dans le jogging informe. Je ferme les yeux, c’est la meilleure façon pour moi de ne pas me laisser tenter.

– Et voilà ! s’exclame Leah en arrivant avec un saladier. Je vais vous laisser en fait. Robbie m’a envoyé un texto, on va aller au ciné.

Robbie est son petit copain. Je ne l’aime pas trop, alors je me redresse d’un coup et fronce les sourcils. Je vais essayer de la prendre par les sentiments.

– Tu ne préfères pas rester avec nous ? Je ne suis pas là souvent.

– Je te laisse avec Lexi. Tu n’auras qu’à me traîner avec vous demain. Vous allez vous promener où ?

La saloperie, elle est en train de m’avoir à mon propre jeu. Comme si j’avais envie qu’elle nous colle toute la journée.

– Grant Park, grogné-je les mains croisées entre les genoux.

– Génial, s’enthousiasme-t-elle avant de me faire un clin d’œil.

Elle se penche pour m’embrasser la joue et se penche à mon oreille.

– Je t’embête Frank. Bonne soirée frérot.

– Ouais bonne soirée. Il a intérêt à se tenir à carreaux, sinon je lui tombe dessus.

– Oui je sais, soupire-t-elle les mains sur les hanches. Tu me le dis à chaque fois. Et il sait aussi ne t’en fais pas. Salut vous deux. Bon film.

Lexi lui fait un coucou de la main et me fixe, un dvd dans les mains.

– Pourquoi tu réagis comme ça ?

– Je n’aime pas Robbie.

– Qu’est-ce qu’il a ? rit-elle en s’asseyant à côté de moi.

– Rien, c’est un mec et il sort avec ma sœur c’est tout. Il n’y a pas besoin de plus.

– Oh, je ne connaissais pas ce petit côté protecteur, sourit-elle en me tendant la boîte.

– Si tu le connais, c’est juste que tu n’y fais pas attention, répliqué-je en m’en voulant d’être sec comme ça.

Mais c’est la vérité, je réagis pareil avec elle, dès qu’un mec lui parle ou s’installe à ses côtés. Je boue souvent parce que je ne suis pas avec elle en cours, bon je pense qu’il y a une majorité de filles, mais quand même. Elle ne le voit pas c’est tout.

Elle a la gentillesse de ne pas répliquer, alors je me lève pour installer le dvd, elle a choisi un film d’action et je reviens m’écraser à côté d’elle. Je ne sais pas trop pourquoi mais au lieu de rester à un mètre, elle glisse pour venir se coller à moi. Ses pieds nus calés sous ses fesses, elle me tourne le dos sans pour autant créer de distance. En me prenant par surprise, elle tire sur mon bras pour le poser à moitié sur le dossier du sofa et sur ses épaules. Certes, je ne pense plus du tout à Leah et Robbie, mais est-ce que je peux me concentrer un seul instant sur le film si elle est près de moi comme ça ?

Je la laisse prendre ma main et mêler ses doigts aux miens. Si pendant notre sortie, c’est moi qui ai pris les devants, ce soir c’est elle. J’ai un petit doute concernant ses motivations. Peut-être veut-elle seulement détourner mon attention vu ma réaction envers Leah. J’ai du mal à me dire qu’elle le fait pour autre chose. Bon même si ma tête se pose des questions, mon corps lui ne s’en pose aucune. J’ai envie d’elle et je commence à avoir la gaule.

– Tu en veux ? demande-t-elle en me tendant le bol de popcorn.

– Non, réponds-je d’une voix sourde.

– Ok.

Elle se penche pour reposer le bol sur la table basse devant nous et sa chaleur me manque instantanément. Elle est à fond dans le film, moi je n’y prête absolument aucune attention et ce depuis un long moment. Je prends une profonde inspiration et pose mon front sur sa tête. Je respire le parfum de ses cheveux, maintenant secs. Je serre un peu plus ses doigts et soupire. Elle pose sa joue sur ma main puis se détache de moi. Elle pivote sur ses pieds et vient me faire face. Mon cœur accélère la cadence et je ferme les yeux histoire de me reprendre un peu. Quand je les rouvre, elle est en train de mordre sa lèvre et de tordre ses doigts, les yeux fixés dessus.

– Frank, dit-elle en même temps que je prononce son prénom.

– Moi d’abord, s’il te plaît, lui dis-je.

Elle hoche la tête et attend les yeux toujours sur ses mains.

– J’ai besoin de te dire certaines choses, mais il faut que tu me regardes, dis-je en posant un doigt sous son menton.

– Ok.

– Tu me plais, lui dis-je de but en blanc, je n’ai pas l’intention d’y aller par quatre chemins de toute façon. Tu me plais énormément, plus le temps passe et plus j’aime ce que je vois.

– Toi aussi tu me plais, énormément, me confie-t-elle en me donnant encore plus de courage pour continuer sans craindre de me prendre une veste.

– Je ne t’ai pas invitée ici dans l’espoir qu’il se passe quelque chose, crois-moi.

– Je te crois.

– Mais le fait est qu’il se passe quelque chose. Dis-moi que tu le sens aussi s’il te plaît, la supplié-je.

– Je le sens, me rassure-t-elle. Je… Tu sais que ça me fait peur pour tout un tas de raisons, c’est juste que j’ai peur que tu t’impatientes parce que je ne m’ouvre pas assez.

– Je suis quelqu’un de patient Lexi. Le fait que tu sois là, que tu aies fait cet effort m’en donne suffisamment. Je ne veux surtout pas te forcer, le jour où tu te sentiras prête, je serai là.

Elle hoche la tête plusieurs fois de suite puis fixe ma bouche avec envie. J’aimerais qu’elle fasse le premier pas, parce que je ne veux pas qu’elle se sente forcée Si c’est elle qui se lance et bien je… Mes pensées sont stoppées par ses lèvres qui se posent doucement sur les miennes. Bordel de merde, depuis le temps que je rêve de ce moment ! C’est trop bon. Ses mains sont à plat sur mon torse et son corps penché en avant sur le mien. Ses lèvres bougent doucement sur les miennes. Je la respire et pose une main sur sa nuque, l’autre dans son dos pour la plaquer complètement sur moi. Ses mains quittent mon torse pour se nouer derrière mon cou. Je la tiens fermement, aucune chance que je la laisse s’échapper maintenant.

Nos baisers sont chastes tout d’abord, je prends le temps pour qu’on s’apprivoise, puis doucement je viens lécher ses lèvres en attendant qu’elle se sente prête et s’ouvre à moi. Quand elle le fait, la sensation est incroyable. La douceur et le goût de sa langue. Putain, je deviens fou. C’est le meilleur premier baiser que j’aie jamais eu. J’ai envie de sourire et de hurler au monde entier, la joie intense qui s’empare de moi.

Je glisse pour m’allonger et l’entraîne avec moi. Je me positionne sur le côté sans la lâcher. Je passe une jambe au-dessus des siennes. J’ai besoin de la sentir au maximum. J’ai du mal à refréner mon désir, mais elle est tout ce qui compte. Nos baisers sont de plus en plus impatients, sa respiration s’accélère en réponse à la mienne. Ses mains se frayent un chemin sous mon tee-shirt et je frissonne de plaisir. Je quitte un instant ses lèvres pour la douceur de son cou. Moi aussi j’aimerais la toucher ailleurs, mais je dois me fixer une limite à ne pas franchir, sinon je ne serai pas capable de m’arrêter. Je reviens rapidement à ses lèvres parce qu’elles me manquent. Mon érection ne cesse de grossir. Je ne me rappelle même plus la dernière fois que j’ai baisé. Je sais bien qu’il est hors de question que je lui fasse l’amour ici, mais je suis un homme, elle m’attire énormément, alors je n’ai aucun moyen de camoufler mon désir, seule une bonne douche froide pourrait en venir à bout. Quoique. Elle ne peut pas ne pas la sentir, mais elle ne dit rien, elle n’est pas gênée. Elle ne réagit pas non plus comme les filles avec qui j’ai déjà couché, qui se frottaient dessus pour augmenter leur désir. Décidément Lexi n’a rien à voir, elle est Lexi tout simplement et je…

Je me détache d’elle à bout de souffle et plonge mon regard dans le sien. Elle sourit timidement et mon cœur bondit dans ma poitrine.

– Je sais ce que je t’ai dit auparavant, mais si tu savais depuis combien de temps j’attends de goûter à ça, lui dis-je en lui décrochant un petit bisou. C’est encore meilleur que ce que j’avais imaginé.

– C’est bien non ?

– Tu plaisantes ?! C’est mieux que bien, c’est parfait. Je suis désolé, pour, marmonné-je un peu mal à l’aise.

– Ce n’est rien, balaie-t-elle en semblant comprendre à quoi je fais allusion.

– Juste ça, c’est vraiment parfait. Tu es parfaite pour moi.

– Oh Frank, souffle-t-elle en se blottissant contre moi.

Je la serre doucement, mémorisant chaque courbe de son corps avant d’en voir la couleur et d’en découvrir la douceur.

– Lexi, l’appelé-je, parce que j’ai une dernière chose à lui dire.

– Oui ?

– Je m’en doutais depuis un moment, j’en ai pris conscience ce matin quand je t’ai vue avec Anthony et j’en ai la confirmation ce soir, prononcé-je ému.

– Quoi donc ?

– Je suis amoureux de toi, affirmé-je d’une voix à la fois ferme et tendre. Tu trouveras sans doute que je vais un peu trop vite, mais c’est ce que je ressens. Je ne l’ai jamais dit à une fille et je veux que tu saches que je ne joue pas avec toi, je te l’ai déjà dit, tout ça c’est important, toi ici c’est important.

– Je sais Frank. Je le sais.

– Et bien c’est le principal alors.

Je souris avant de foncer sur ses lèvres, je n’attends pas de réponse, je sais qu’elle n’est pas prête, même si je sens que les sentiments sont réciproques, il lui faut encore un peu de temps pour lâcher complètement prise. Et comme je l’ai dit plutôt, je suis quelqu’un de patient. Alors pour le moment, je vais profiter de notre soirée, remerciant finalement Robbie d’avoir invité ma sœur pour sortir, mais ça, ça reste entre moi et moi.

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